{"id":359,"date":"2021-11-23T11:37:27","date_gmt":"2021-11-23T10:37:27","guid":{"rendered":"http:\/\/cfdt13.fr\/blog\/?p=359"},"modified":"2023-10-16T14:19:04","modified_gmt":"2023-10-16T12:19:04","slug":"feminicides-quand-lart-en-parle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cfdt13.fr\/blog\/feminicides-quand-lart-en-parle\/","title":{"rendered":"FEMINICIDES : QUAND L\u2019ART EN PARLE"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong>Interview de  Karina Ju\u00e1rez, photographe mexicaine r\u00e9sidant \u00e0 Marseille qui travaille depuis 2018 sur les f\u00e9minicides.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"683\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/cfdt13.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Lugar_Karina-JUAREZ_01-683x1024-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-361\" srcset=\"https:\/\/cfdt13.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Lugar_Karina-JUAREZ_01-683x1024-1.jpg 683w, https:\/\/cfdt13.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Lugar_Karina-JUAREZ_01-683x1024-1-200x300.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 683px) 100vw, 683px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Autoportrait. Karina Ju\u00e1rez<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><span style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\"><strong><em><a href=\"https:\/\/karinajuareztn.com\/lugar-2\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">\u00ab\u00a0Lugar\u00a0\u00bb<\/a><\/em><\/strong> <\/span>\u00a0 est le nom que Karina Ju\u00e1rez a donn\u00e9 \u00e0 ce travail. Il s\u2019agit d\u2019une documentation photographique au sujet des f\u00e9minicides au Mexique o\u00f9, selon les chiffres officiels, 10 femmes sont assassin\u00e9es chaque jour. Karina nous parle de la peur qui habite le corps des femmes au milieu de cette violence\u00a0; on a l\u2019impression que Karine essaie de pousser cette peur vers l\u2019ext\u00e9rieur, la crier sur les toits pour que le monde prenne conscience.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Pourquoi t\u2019int\u00e9resses-tu aux f\u00e9minicides&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<p><strong>KJ. <\/strong>Depuis petite, au Mexique, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 la transgression du corps des femmes. Quand toi, femme, tu vis dans un pays o\u00f9 la violence contre les femmes est tr\u00e8s accentu\u00e9e, tu vis avec la peur, ou plut\u00f4t <strong>la peur vit en toi, elle habite ton corps<\/strong>.&nbsp; J\u2019ai consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9cessaire d\u2019<strong>aborder ce sujet depuis la photographie pour le rendre visible<\/strong>. <\/p>\n\n\n\n<p>Par la forme que j\u2019ai choisie pour montrer le drame de ces femmes, il est \u00e9vident qu&rsquo;elles sont pr\u00e9sentes par l\u2019absence&nbsp;: elles ne sont plus de ce monde, <strong>elles ne sont pas l\u00e0 en chair et en os et, pourtant, elles sont bien l\u00e0 dans ces images noires ou presque noires<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;J\u2019ai aussi travaill\u00e9 en tant que photojournaliste ; je me rendais compte que, sur ce sujet-l\u00e0, les photos des lieux ou des femmes ne me suffisaient pas. J\u2019avais besoin d\u2019une <strong>autre forme de travail pour traiter un th\u00e8me qui me semblait indispensable<\/strong>. J\u2019ai donc compil\u00e9 des images, des donn\u00e9es, des renseignements des victimes et aussi des portraits robots des assassins. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans un premier temps, j\u2019ai cherch\u00e9 dans les archives des journaux, dans les r\u00e9seaux sociaux mexicains, dans les pages officielles, chez les organisations civiles, bref, partout o\u00f9 il \u00e9tait possible de trouver des renseignements. Avec ce mat\u00e9riel j\u2019ai construit une base de donn\u00e9es avec le nom, l\u2019\u00e2ge, la date et le lieu o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 le corps de la victime. C\u2019est \u00e0 partir de cette base de donn\u00e9es que le travail a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9. Les portraits trouv\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 imprim\u00e9s au format document d\u2019identit\u00e9 et couverts de peinture noire en ne laissant visible que les yeux (la partie qui est fr\u00e9quemment censur\u00e9e dans ce genre d\u2019images)&nbsp;; quand il y avait le nom de la victime mais que la photo trouv\u00e9e ne montrait pas le visage, je couvrais compl\u00e9tement l&rsquo;image avec de la peinture noire. Finalement, les portraits robots des assassins ou des suspects sont montr\u00e9s sans peinture. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"772\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/cfdt13.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Lugar_Karina-JUAREZ_02-772x1024-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-362\" srcset=\"https:\/\/cfdt13.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Lugar_Karina-JUAREZ_02-772x1024-1.jpg 772w, https:\/\/cfdt13.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Lugar_Karina-JUAREZ_02-772x1024-1-226x300.jpg 226w, https:\/\/cfdt13.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Lugar_Karina-JUAREZ_02-772x1024-1-768x1019.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 772px) 100vw, 772px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">L&rsquo;une de planches de \u00ab\u00a0Lugar\u00a0\u00bb, l&rsquo;oeuvre de Karina Ju\u00e1rez.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Qu\u2019est-ce-que ton regard d\u2019artiste&nbsp;peut apporter \u00e0 ces victimes ?<\/h4>\n\n\n\n<p>&nbsp;<strong>Le plus important c\u2019est la visibilit\u00e9 et la pr\u00e9sence<\/strong>. Par exemple, cette exposition a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la Biennale photographique de Oaxaca. <strong>A travers mes images ces femmes sont pr\u00e9sentes; elles peuvent occuper un espace que ne leur est pas destin\u00e9 \u00e0 l\u2019origine.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le travail est fini ?<\/h4>\n\n\n\n<p>Non, malheureusement, il n\u2019est pas fini car la violence contre les femmes existe toujours. Il y a, c\u2019est vrai, un d\u00e9but de prise de conscience mais nous en sommes encore loin. Au Mexique on parle de plus en plus de cette violence et l\u2019Etat reconna\u00eet de plus en plus aussi qu\u2019il faut des mesures pour prot\u00e9ger les femmes. Il y a des avanc\u00e9es, bien s\u00fbr, mais il reste encore beaucoup \u00e0 faire. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour mon travail artistique, il est possible que la fatigue arrive avant car c\u2019est un sujet tr\u00e8s d\u00e9licat. Je marche toujours sur des \u0153ufs. J&rsquo;aime ces femmes et j\u2019ai beaucoup de respect pour elles ; de ce fait, dans ce travail,  je suis toujours h\u00e9sitante entre le trop et le pas assez. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un travail tr\u00e8s fort \u00e9motionnellement. Je me rappelle la sensation quand je travaillais avec les documents et les images&nbsp;: pendant que j\u2019appliquais la peinture, pendant tout le temps du s\u00e9chage, elles \u00e9taient partout chez moi.&nbsp; Elles \u00e9taient dans mes pens\u00e9es, mon appareil photo, mon ordinateur, et elles \u00e9taient aussi dans mon espace physique, elles occupaient ma maison et c&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s fort.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Karina Juarez<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9e \u00e0 Morelia, au Mexique, Karina grandit dans un quartier tr\u00e8s violent. <em>\u00abLa plupart de mes amis d\u2019enfance sont soit morts dans de batailles de gangs ou pour les drogues ou tu\u00e9s par la violence quotidienne ou embrigad\u00e9s par les \u00ab&nbsp;narcos&nbsp;\u00bb. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans son Lyc\u00e9e \u00e0 Morelia qu\u2019elle commence \u00e0 apprendre la photographie qui, dit-elle aujourd\u2019hui, l\u2019a sauv\u00e9e de cette violence qui l\u2019entourait.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle avait \u00e0 peine compris comment marchait un appareil photo et fait quelques exercices quand depuis le haut de ces 17 ans elle a d\u00e9cid\u00e9 de quitter sa ville natale et partir \u00e0 Oaxaca (ville connue par son mouvement artistique) pour faire de la photographie son m\u00e9tier.&nbsp; Elle commence pour \u00eatre photojournaliste dans un journal local et suit sa formation au Centre photographique de Oaxaca. Depuis, elle ne s\u2019est plus jamais arr\u00eat\u00e9e&nbsp;: des formations, des ateliers, des r\u00e9sidences au M\u00e9xique, en Autriche et au Centre de la Photographie d\u2019Arles.<\/p>\n\n\n\n<p> Aujourd\u2019hui elle <strong>vit \u00e0 Marseille et fait partie des 5 photographes laur\u00e9ats par le jury de Patrimoine Commun du Centre Photographique Marseille<\/strong>. Les marseillais pourront appr\u00e9cier une partie de et son travail <strong><a href=\"https:\/\/www.centrephotomarseille.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">au CPM<\/a> &nbsp;du 2&nbsp;d\u00e9cembre&nbsp;au 8&nbsp;janvier.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p> <strong>Lire aussi :<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\"><a href=\"http:\/\/cfdt13.fr\/blog\/25-novembre-journee-internationale-contre-les-violences-faites-aux-femmes\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">25 NOVEMBRE\u00a0: JOURNEE INTERNATIONALE CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES<\/a><\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\"><a href=\"http:\/\/cfdt13.fr\/blog\/prevention-des-violences-sexistes-et-sexuelles-lengagement-de-la-cfdt\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">PR\u00c9VENTION DES VIOLENCES SEXISTES ET SEXUELLES\u00a0: L\u2019ENGAGEMENT DE LA CFDT<\/a><\/span><\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-vivid-cyan-blue-color\"><a href=\"http:\/\/cfdt13.fr\/blog\/femmes-harcelees-au-travail\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">FEMMES HARCELEES AU TRAVAIL\u00a0: DES SUPPORTS POUR SENSIBILISER ET DEFENDRE VOS DROITS<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Interview de  Karina Ju\u00e1rez, photographe mexicaine r\u00e9sidant \u00e0 Marseille qui travaille depuis 2018 sur les f\u00e9minicides.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":361,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[43,25,26],"tags":[],"class_list":["post-359","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-a-la-une","category-dossiers","category-femmes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cfdt13.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/359","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cfdt13.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cfdt13.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cfdt13.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cfdt13.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=359"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/cfdt13.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/359\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1136,"href":"https:\/\/cfdt13.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/359\/revisions\/1136"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cfdt13.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/361"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cfdt13.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=359"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cfdt13.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=359"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cfdt13.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=359"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}